De rouille et d’os : la femme de fer et l’homme de main

Ne pas se fier aux apparences, malgré un titre à peu près autant inspiré qu’une chanson de Larusso et une bande annonce aussi plate que la Belgique, De Rouille et d’os est un film remarquable.

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Un film remarquable par l’histoire qu’il raconte. Le scénario est juste et déstabilisant, parfois drôle, parfois émouvant, en équilibre sur le fil du pathos, sans jamais en tomber. Il met en scène des personnages vrais avec tout ce qu’il faut d’imperfection. Bon, c’est vrai, on se dit que, quand même, ils ont sacrément pas de chance, ces personnages, entre celle qui perd ses jambes, celui qui trouve son fils, celle qui est trop seule, celui qui aimerait l’être parfois. Et puis les galères de taf, de cœur, de cul pullulent un peu mais sans que le rythme perde de sa lente tranquillité, ni que le scénario ne semble cousu de fil blanc.

Remarquable par les acteurs, tantôt en force brute, tantôt en finesse épurée. Toujours bons. Contrairement à ce qu’on avait pu voir dans ses films les plus récents, Cotillard n’est ni cruche ni mielleuse, ni mièvre, ni agaçante. Elle est à fendre le cœur, à foutre des baffes, à faire rire les oiseaux, à faire pleurer les madeleines. Schoenaerts. Se souvenir de son nom, même s’il semble avoir été inventé par un Polonais dyslexique. Bon. Tellement bon. Beau. Tellement beau. Pas beau genre waw-viens-faire-un-tour-dans-ma-kasbah (quoique), beau parce qu’il ne s’encombre pas de sensiblerie inutile et parce qu’il semble tailler son jeu dans un bloc d’émotions brutes qu’il cache, pour le besoin de son personnage, derrière un voile de fierté mal placée.

Et remarquable, enfin, par des séquences dont Jacques Audiard a le secret, des images frappées d’un onirisme réaliste, d’une réalité impalpable qui semblent attraper un rêve ou changer notre vision du monde. Pour exemple, cette séquence où Stéphanie découvre la lumière pour la première fois après son accident, la caméra se place à hauteur de fauteuil roulant, glisse lentement et, dans un contre-jour en contre-plongée, se joue des ombres et des lumières, les lie, les distingue, les brouille, les sépare…

Bref, trois ans après Un Prophète, Audiard signe un film d’une finesse brute et belle. Le scénario est à la fois simple et improbable, les acteurs donnent vie à des personnages pétris de complexités et les images témoignent de l’œil si particulier qu’a le réalisateur pour jouer avec les couleurs, les ombres et les lumières.

Enfin, parce qu’avoir été séduite par ce film ne m’a pas empêchée tout du long de penser « Il ne faut pas qu’elle baisse les bras, sinon ils vont toucher par terre», cadeau :

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