Only God Forgives, roman-photo esthétique aux lenteurs exagérées

Parlons un peu du complexe d’Œdipe, de pervers narcissique et de justice vengeresse, voulez-vous ? Car c’est de ça dont il s’agit, au fond, dans Only God Forgives. Je dis « au fond » car tout cela est enrobé généreusement d’une esthétique besognée qui a tendance à effacer le fin mot de l’histoire.

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Histoire d’éviter les litotes, autant dire que Nicolas Winding Refn a eu la main lourde sur les plans fixes interminables, les jeux d’ombre et les effets de style. Encore plus que dans Drive. C’est dire. Et ça rend bien, en fait. Le travail sur le cadre et la multiplication de ceux-ci à l’intérieur du champ est intéressant. L’image est sophistiquée, les couleurs enivrantes et tout cela donne aux personnages, dans leur immobilité froide, une espèce d’aura incandescente. Dans cette ambiance intimiste, presque malsaine leurs côtés sombres apparaissent clairement.

La trame se déroule en Thaïlande. Elle mêle trois protagonistes : un fils, sa mère et un flic un peu zélé. Jordan, dealer pas vraiment redoutable, aussi mutique qu’un personnage joué par Ryan Gosling peut l’être, semble avoir du mal à vaincre ses démons intérieurs. Fragile, instable et peu entreprenant, il apprend sans ciller la mort de son frère (dieu sait que Ryan sait ne pas ciller). Mais bon, un peu picoté par l’honneur fraternel qui demande réparation, il se renseigne un peu sur le pourquoi du comment. C’est à ce moment que débarque sa mère. Exigeante, capricieuse et autoritaire, elle exige une vengeance immédiate et sans appel pour la mort de son fils ainé. Dans l’observation voyeuriste de cette relation, brodée de soumission œdipienne et d’humiliations perverses, le spectateur assiste au naufrage de chacun des personnages dans ses travers. De l’autre côté de la vengeance, un policier non moins névrosé se complaît dans la tâche justicière qu’il s’est donnée et envisage l’affaire comme un cas personnel.

Au final, par la lenteur de sa réalisation, la précision et la beauté recherchée  des images proposées, Only God Forgives apparaît comme un roman-photo travaillé pour un rendu esthétique remarquable. Cependant la prouesse technique a tendance à prévaloir face à la prestation des acteurs, pourtant admirables, à l’image d’une Kristin Scott Thomas méconnaissable.

Nicolas Winding Refn est allé au bout de sa conception artistique et elle convient tout à fait aux pérégrinations psychotiques de ses personnages, au risque, cependant, de perdre le spectateur.

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