Survivre aux cours relous : know your enemy

Il n’y a pas si longtemps que ça, j’étais étudiante-depuis-7-ans. Autant te dire que j’en connais un rayon niveau survie en amphi et comportements estudiantins.

Tous les cours à la fac sont intéressants. (Je commence par cette phrase dans l’éventualité, peu probable, où l’un de mes anciens professeurs lirait cette chronique. Si c’est le cas, sachez, Madame, Monsieur,  que les modèles de profs relous présentés ci-après proviennent UNIQUEMENT de mon imagination. )

Tous les cours sont intéressants, disais-je mais tous ne sont pas captivants. Je pense qu’on est d’accord pour dire que certains d’entre eux paraissent tellement insurmontables qu’ils devraient être interdits par la loi au motif d’incitation à l’école buissonnière. Il est temps que la vérité soit mise à jour. Non, tu n’es pas un-e délinquant-e absentéiste, tu es une victime des plans barbants, des développements redondants et des parlottes inutiles. Mais, bonne nouvelle, cette époque de ta vie est bientôt derrière toi.

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My pleasure, really.

Le potentiel de captivation des cours

Comprendre c’est combattre donc, une fois n’est pas coutume, il est primordial de s’attarder quelque peu sur un phénomène sociologique peu étudié : le potentiel de captivation des cours. Ce concept définit la capacité d’un cours, quelle que soit sa nature, à faire se déplacer un élève jusqu’à une salle de classe (motivation) et à le captiver une fois qu’il y est. Puisque mon objectif est de te faire survire aux cours relous, nous allons uniquement nous intéresser aux raisons qui font plonger les potentiels de captivation grâce à des données recueillies de manière scientifique et avec le plus grand soin.

L’horaire du cours

Comme l’atteste le pourcentage élevé de siège vide dans mon amphi du lundi 8 heures au semestre précédent, plus un cours commence tôt, moins il est captivant. Une raison à cela. C’est l’hiver, le matin il fait nuit, la nuit c’est fait pour dormir et non pas pour s’asseoir sur un siège dur, où il fait froid, sous la lumière placide et artificielle de néons aveuglants. Tu le sais, ton organisme le sait et il fait corps pour protester contre ce traitement inhumain que tu lui infliges, à grand renfort de troubles de l’attention et de tendances à la narcolepsie.  De plus, d’un point de vue purement pratique, tu avoueras que c’est pas facile de lire un texte ou de regarder un tableau quand tu as les yeux tout collés.

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Demande à Britney.

Les résultats d’un sondage effectué sur moi-même ont démontré que les cours étant les plus proches de l’heure du manger étaient ceux les plus susceptibles de figurer dans le hit-parade des cours relous. Deux explications à cela : d’abord, ventre affamé n’a pas d’oreille. Donc il est incapable de suivre un raisonnement. Ensuite, les crampes d’estomacs causées par la faim sont un fléau à double tranchant : quand tu en souffres et quand les gens à côtés de toi en souffrent. Elles fournissent pour tes oreilles une distraction des plus désagréables et font se replier ton corps dans une crispation permanente néfaste à la prise de notes.  La faim aura sur toi une influence des plus déterminantes si tu as une conception hobbitienne du repas et que tu as des vertiges s’il t’arrive de sauter plus de 2 des 9 collations quotidiennes*.

Enfin, si j’en crois ma TL Twitter, plus un cours est situé en fin de journée moins son potentiel de captivation décolle car c’est à ce moment-là que les programmes intéressants commencent à la télé.  Réaction innée, tradition ancrée, comportement intériorisé, tout te pousse à te désintéresser des politiques publiques pour te demander ce qui va se passer entre Clark et Lana dans l’épisode de Smallville que W9 est en train de rediffuser.

L’importance du prof

Un recueil de bruits de couloirs me permet de valider l’hypothèse suivante : le cours donné par un professeur à l’hygiène bucco-dentaire douteuse n’a pas un fort potentiel de captivation. En effet, pour le salut de ton odorat, tu as préféré te retrancher en fond de salle où tu as été rejoint par le reste de ta promo. Vous êtes  obligés de vous battre à mort pour obtenir des prises et tu es dans l’impossibilité d’écrire car tout le monde est très serré dans l’exiguïté des deux derniers rangs. Tu ne peux pas atteindre ta feuille car tu as un coude dans la narine droite et un genou dans les côtes. Nous conviendrons qu’il est malaisé d’écouter ce qu’on te dit lorsque tu as peur pour ta vie.

Grâce à une analyse pertinente de graffitis sur des tablettes d’amphi, il est possible d’affirmer que les tics de langages d’un professeur sont facteurs de cours relous. En effet, la sociologie des organisations n’est pas chose facile à comprendre, et elle l’est d’autant moins que le cours est flou. C’est même carrément mission impossible lorsque le challenge est d’extraire la substantifique moelle du cours parmi tous les « donc », les « alors » et les « en fait ».

Exemple : « Donc alors… en fait…, le système d’action concret, en fait, a donc été … modélisé, en fait, … par… Michel Crozier,….  donc dans « l’Acteur et le Système », … alors…, pour, en fait, définir, … alors,… le comportement des individus en fait,… au sein d’une entreprise, donc. »

Cette phrase, tu l’as entendue il y a trois ans mais tu es toujours incapable d’en déterminer le groupe nominal. La raison qui fait que tu t’en es rappelée c’est que le prof sujet aux tics de langage est également susceptible de pratiquer la recherche d’inspiration à voix haute. Le fameux « *bruit de bouche* Heeeeeeeeeeeeeeeeeeaaaaaaaaaaaaaaaaaaammm *bruit de bouche* » mis à jour par Gad Elmaleh dans son sketch sur les émissions littéraires la nuit (oui, on a les références qu’on veut bien se donner). Ce son détestable, qui figure dans la phrase d’exemple sous la forme des points de suspension, a le mérite de te donner le temps d’intérioriser ce qui a été dit afin de mieux le comprendre. Enfin, il paraît. Toi, tu as depuis longtemps lâché l’affaire et qui pourrait t’en vouloir ?

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Exemple de bruit de bouche irritant. Heureusement, les gif n’ont pas de son.

Enfin, selon quelques a priori et de nombreux préjugés, un cours assuré par un faux-modeste n’a aucune chance de galvaniser les foules d’étudiants. Parce qu’on est d’accord pour dire que la personne la plus intéressante et importante de l’amphi, c’est toi. Et c’est normal que tu ne sois pas emballé-e à l’idée d’entendre quelqu’un d’autre raconter sa vie pendant trois heures.

Dans un prochain article, nous verrons comment combattre tout ça. En attendant, bon courage !

Remarque : la matière du cours est également à prendre en compte mais il s’agit là d’un critère subjectif, qui n’est donc pas pertinent dans cette analyse globale. En effet, le degré de kiffage de la matière dépend évidemment de la nature de l’élève qui la suit. D’ailleurs, ne vas pas dire à Marco que le cours en 36 heures  sur le désarmement de l’île de Ré au XIIIe siècle n’est pas intéressant car c’est celui qu’il a préféré et il pourrait t’en parler pendant toute une soirée.

* les neuf repas du Hobbit qui sont, pour rappel, le petit déjeuner, le second petit déjeuner, la collation, le déjeuner, l’en cas, le goûter, le thé, le dîner et le souper. #ToutLâcherPartirHabiterDansLaContée

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Une réponse à “Survivre aux cours relous : know your enemy

  1. Pingback: Survivre aux cours relou : now fight ! | Pauline C.·

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