Noé, adaptation libre

Précédemment dans la Génèse.

Au commencement, il n’y avait rien. Puis Dieu a décidé de sortir sa panoplie de chimiste et il créa la terre, la lumière, la mer, le ciel, les animaux. Enfin, il créa l’Homme, Adam, à son image et lui fit don d’une compagne, Eve. Convaincue par un méchant serpent, Eve croqua le fruit interdit et se fit chasser, ainsi qu’Adam, du Jardin d’Eden. Ils eurent trois enfants : Caïn, Abel et Seth. Caïn tua Abel et engendra une descendance marquée par le vice et la violence, détruisant la nature, pervertissant les hommes. La lignée de Seth, quant à elle, perdura dans l’adversité mais dans la bonté.

2549145Camille-Félix Bellanger (1853-1923). « Abel », 1874-1875. Huile sur toile, 110 x 216 cm. Paris, musée d’Orsay. (MUSEE D’ORSAY, DIST. RMN / PATRICE SCHMIDT )

Dieu est pas très content des Hommes qui salissent sa planète et tuent ses animaux alors il décide de tout purger par l’eau. Mais il a pas non plus envie de tout recommencer à zéro alors il envoie un message à Noé, de la lignée de Seth et le prévient du déluge imminent. Il lui fait comprendre qu’il aimerait bien sauver les animaux et que du coup, Noé doit construire une arche qui pourrait voguer sur les flots impitoyables de la purification divine. Il embarque dans l’aventure sa femme, ses trois fils, Sem, Cham et Japhet et une jeune fille qu’il a trouvé blessée sur sa route, Ila. Aidé des Veilleurs, des créatures condamnées à errer sur Terre parce qu’elles ont décidé d’y suivre Adam après la Chute, Noé construit son arche et abrite les animaux en attendant que s’abatte le courroux divin. Sauf que toute cette agitation ne passe pas inaperçue. Toubal-Caïn, descendant de Caïn, visite le chantier et exige d’être lui aussi sauvé des eaux. Après le refus du patri-arche (Hihihi), il décide de faire le siège de l’immense construction avec son armée.

Darren Aronofsky, réalisateur, notamment, de Requiem For A Dream et Black Swan, s’intéresse depuis longtemps à l’histoire de Noé. Il a été à l’origine d’une tétralogie de romans graphiques sur le personnage, sortie dès 2011. Les ouvrages, dessinés par Niko Herrichon montrent un Noé guerrier et beaucoup moins parfait qu’il peut l’être présenté dans la Bible. Cette série sert de prélude au film qui garde, malgré une présence divine inévitable, un aspect humaniste. Le traitement de l’histoire est un brin provocateur (caler des images de l’évolution lors de la narration de la Genèse, montrer que, si Noé a foi en Dieu, l’inverse est également vraie, c’est rigolo). C’est sans doute cette volonté de montrer que Noé n’est pas forcément en paix de suivre les ordres divins et de tourner l’adaptation vers l’Homme, ses défauts, ses actes et leurs conséquences et non vers Dieu, ses choix et sa toute puissance qui a fait des ronds dans l’eau des bénitiers du monde entier.

Aronofsky tient à le rappeler : il s’est librement inspiré de l’histoire biblique. Comprendre, comme dans le cas de la Reine des Neiges, « il a pris ce qu’il voulait et inventé le reste. » Et il l’a fait de manière plutôt convaincante. Malgré un déséquilibre narratif et quelques redondances dans le scénario, avec la mise en place de la situation initiale qui semble durer la moitié du film et une répétition des mêmes scènes qui font stagner le récit, le réalisateur parvient à mener sa barque (Hihihi) comme il l’entend.

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A son habitude, Aronofsky ponctue son film d’images fortes, non édulcorées qui s’abattent sur le spectateur et le laissent à la limite de l’asphyxie (je pense à la scène du camp, que j’ai trouvée aussi lancinante et malsaine que la scène du frigo de Requiem) sans tomber dans le pièges des combats spectaculaires mais interminables. Plus que la bataille, il prend le parti de montrer l’homme dans la bataille et, après cela, la bataille dans l’homme. A cet effet, la prestation des acteurs l’aide beaucoup. Et si Russell Crowe et Ray Winstone paraissent un peu trop monotones dans leurs intentions, Jennifer Connelly, Douglas Booth, Logan Lerman et surtout Emma Watson parviennent à tirer leur épingle du jeu. Après The Perks of being a Wallflower et The Bling Ring, la jeune actrice britannique montre avec talent qu’elle gère sans trop de difficultés l’après Harry Potter.

Petit plus : le monde est petit

Pour Noé, Darren Aronofsky retrouve Jennifer Connelly avec qui il avait travaillé pour Requiem for A Dream en 2000. Celle-ci avait été à l’affiche, un an plus tard, d’Un Homme d’exception, de Ron Howard, pour lequel elle avait remporté l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Elle y jouait la femme de… Russell Crowe. On les a retrouvés dernièrement tous les deux à l’affiche de Winter’s Tale. En 2007 et 2013 dans 3:10 to Yuma (James Mangold) et Stuck in Love (Josh Boone, réalisateur, récemment de The Fault in our stars) respectivement Russell Crowe et Jennifer Connelly avaient tous deux donné la réplique à un second rôle, joué par… Logan Lerman, alias Cham, dans Noé qui,  l’année d’avant, était à l’affiche de l’adaptation de de The Perks of Being a Wallflower, où Charlie, son personnage, tombait amoureux de Sam, jouée par… Emma Watson. A l’époque, la jeune femme n’était pas encore ambassadrice de l’ONU mais elle était égérie Burberry, marque de luxe britannique, pour laquelle en 2009, elle avait posé aux côtés de… Douglas Booth, qui quant à lui, a été aperçu entre temps dans le remake américain de LOL, aux côtés de Miley Cyrus.

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5 réponses à “Noé, adaptation libre

  1. Tu me donne envie d’aller le voir ! Et pourtant au départ il ne m’attirait pas (en fait il n’y aurait pas eu Emma Watson, Déesse devant l’éternel, je ne me serais même pas intéressée à ce film !).

    Et sympa les petits jeux de mots glissés ci et là :p

    • En réalité, comme pour souvent pour les films d’Aronofsky, j’ai eu du mal à savoir ce que j’en pensais. Je trouve qu’il sait filmer les hommes de manière brutale et impudique. On voit bien ça dans Noé mais l’histoire est tellement dense que c’est moins présent que dans Requiem, Black Swan ou The Wrestler. Au final je pense que la manière de recevoir le film dépend énormément du spectateur et du contexte dans lequel il se trouve. Je serais ravie de savoir ce que tu en as pensé si tu décides d’y aller !

      • Ben j’ai aimé Black Swan (même si ce film m’a terrifié :D) mais j’ai trouvé Requiem for a dream «  »facile » » (dans le sens de l’histoire, de ce qu’il rapporte, mais j’ai un rapport étrange à l’univers de la drogue donc bon). Bref, je te tiens au courant si je le visionne 😀

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