Fury : intentions intéressantes mais message brouillé

« Ideals are peaceful, history is violent. »

La façon qu’a Brad Pitt d’asséner cette leçon, à la fois cinglante et bienveillante, résume à merveille l’ambivalence de Don Collier, alias Wardaddy dans le message qu’il veut transmettre à sa nouvelle recrue, Norman. À la manière d’un père maladroit, il tangue entre la nécessité d’ouvrir les yeux naïfs de ce soldat inexpérimenté et la volonté de protéger et d’endurcir un cœur encore tendre.

Norman, sensible, innocent et carrément perdu, rejoint sans grande conviction Wardaddy, Bible, Gordo et Coonass, une équipe de lascars éprouvés. Dans cette famille soudée, il devient la cinquième roue d’un carrosse blindé, armé jusqu’aux dents et floqué du nom Fury.

Le tank devient son nouveau foyer et l’équipage, sa seule famille. À bord de cette coquille cuirassée et destructrice, il s’enfonce dans les terres allemandes et se retrouve face à une population désespérée, au sein d’une nation essoufflée par une guerre désormais perdue. Surtout, Norman se retrouve face à lui-même, à ses principes, à ses faiblesses et à celles des Hommes.

Film de guerre mettant en scène un jeune perdreau et son mentor indélicat, Fury n’apporte scénaristiquement rien de très nouveau. L’ambition non dissimulée de montrer l’impact psychologique de la guerre sur les soldats rappelle évidemment Il faut sauver le Soldat Ryan. Néanmoins, là où le film de Spielberg laisse penser que certains soldats méritent d’être sauvés et peuvent l’être, celui de David Ayer est catégorique : le voyage mental engagé par ces soldats n’a pas de retour possible. Il se veut lancinant, battant, hantant, entêtant, étouffant comme le thème musical précédant les combats.

Réalisation bradpittocentrée

David Ayer a pris le parti de montrer la disparition de l’innocence à travers la transformation (à la fois physique et morale) de Norman mais ce message est brouillé par la mise au point globale du film autour du personnage joué par Brad Pitt. L’acteur n’est pas en faute, il incarne avec le talent qu’on lui connaît un rôle fort malheureusement beaucoup trop mis en avant. Cette vision Bradpittocentrée (toi aussi invente des mots) empêche une mise à l’écran plus générale et entière du microcosme qu’est l’équipage de Fury. Ainsi les plans sont beaucoup trop serrés pour permettre une observation même précise des relations humaines et des remparts que chacun construit pour se séparer de l’horreur ambiante. Pourtant, la promiscuité du tank était très prometteuse et l’on voit quelques interactions de groupes intéressantes mais trop rares, disséminées et éphémères.

Brad-Pitt

D’autant que la réalisation, au rythme volontairement haché pour renforcer l’importance des moments de calme et donner à ces petites bulles de sérénité aléatoires une irréalité déconcertante, aurait permis de montrer plus d’échanges et de laisser vivre l’équipage. À l’image des batailles en tank (un engin rarement mis au centre des films de guerre) les petites mains oeuvrent dans l’ombre d’un chef monté sur piedestal.

Shia LaBeouf, une omniprésence d’arrière plan fédératrice

Au niveau des prestations, outre celle de Brad Pitt, égal à lui-même, celles de Logan Lerman et Shia LaBeouf sont à souligner.

Logan Lerman, d’abord, s’appuie sur la fragilité de son visage enfantin et transmet de manière convaincante les émotions de son personnage, dont il parvient également à faire transparaître l’évolution. Cependant la palette de sentiments qu’il décline n’est pas très éloignée de ce qu’il a pu faire auparavant avec, par exemple la sensibilité et les doutes de Charlie dans l’adaptation de The Perks of Being a Wallflower ou encore la perte d’innocence que vit son personnage dans Noé.

shia-labeouf-fury

Dans le rôle de Bible, un soldat qui se réfugie dans la religion pour tenter de donner un sens à ce qui lui arrive, Shia LaBeouf crève l’écran. Même si son personnage est secondaire, il lie, cimente, fédère l’équipe et fait que cinq personnalités distinctes forment une entité complète. Il est toujours en arrière plan, appuie, supporte, soutient et crée une continuité entre tous les soldats. En retrait, il réalise humblement un travail de fond qui parviendrait presque à faire oublier les mauvais choix dans la réalisation. Presque.

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  1. Pingback: Bilan 2014 | Pauline C.·

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