Hunger Games : Mockingjay Part 1, naissance d’un symbole

Je vous arrête tout de suite, si vous n’avez pas vu le début, rendez-vous ici pour le premier épisode et là pour le deuxième.
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Ils n’étaient au courant de rien. Ni de la mission de secours organisée par le District 13 pour arracher les survivants des 75èmes Hunger Games, ni que les autres tributs avaient eu vent du plan des rebelles, ni même de l’existence du District 13, censé avoir été pulvérisé par le Capitole lors de la première révolte.

Ils n’étaient au courant de rien, ils n’ont jamais voulu l’insurrection des districts, les combats, les sacrifices. Surtout, Katniss ne savait pas, en décochant sa flèche électrifiée, qu’elle sonnerait le ralliement des insoumis sous la bannière vacillante du geai moqueur.

C’est en tout cas ce que martèle Peeta sur les réseaux officiels du Capitole, là où il a été ramené en urgence avec Johanna et Annie, la compagne de Finnick, après que les rebelles ont échoué à les rapatriés.

Que Peeta soit la marionnette du Capitole, que ses cohabitants du District 13 considèrent son appel au cessez-le-feu comme une traitrise punissable, que Gale le traite de couard, Katniss s’en fout. Il est vivant.

Pour combien de temps ? Au fil de ses apparitions télévisuelles, ses traits paraissent de plus en plus tirés, son visage, émacié, son regard, instable, dérangé.

Katniss réalise que la seule façon de convaincre Alma Coin, la présidente du District 13 et dirigeante des rebelles de sauver Peeta est d’accepter le rôle que tous souhaitent la voir jouer. Un rôle qu’elle n’est pas sûre de vouloir assumer, celui d’étendard, de symbole, d’héroïne, de combattante. Celui du Mockingjay.

Première partie du troisième (et dernier) volet de Hunger Games, Mockingjay Part 1 a été réalisé par Francis Lawrence, aux commandes du deuxième épisode. Comme pour Catching Fire (L’Embrasement), il a choisi de donner au film un regard plus omniscient que les livres, centrés sur Katniss et narrés à la première personne. C’est plutôt bénéfique car cela permet une compréhension plus globale des différentes situations- celle au district 13 où vivent, en plus des habitants d’origine, Katniss, sa famille, Gale, Plutarch Heavensbee, instigateur de la mission de secours et nouveau chargé de communication de la Présidente Coin, Finnick, Beetee et des survivants d’autres districts ; celle du capitole où le Président Snow multiplie les initiatives autoritaires pour contenir le peuple ; celles des autres districts, déchirés entre les propagandes des deux camps.

Si ces intrusions furtives dans les bureaux du Capitole ou sur les places publiques des districts ne suivent pas à la lettre la trilogie de Suzanne Collins, elles sont fidèles à son univers. Comment ne le seraient-elles pas, l’auteur elle-même a travaillé à l’adaptation de ses romans. On peut supposer que les nouveaux éléments disséminées dans le film sont des détails qu’elle n’a pas eu l’occasion d’utiliser dans ses écrits. Ces informations supplémentaires justifient en partie la décision de couper en deux films le dernier tome car elles étoffent une trame qui aurait pu paraître maigre.

Qui aurait pu, seulement, car s’il y a moins d’actions que dans les précédents volets, cela n’empêche pas le spectateur d’être pris dans l’histoire. Trois raisons essentielles à cela.

D’abord, Jennifer Lawrence parvient à montrer l’experience traumatisante que vit Katniss, les difficultés qu’elle a à surmonter les différentes épreuves qui ont jalonné son chemin depuis le début de son aventure. Elle réussit à donner un visage au dilemme de son personnage qui balance entre le refus de se soumettre et l’instinct de préservation – pour elle-même et pour ses proches.

The-Hunger-Games-Mockingjay-Part-1-Katniss-Everdeen

Ensuite, l’arrivée de nouveaux personnages donne un nouveau souffle à l’histoire. En Présidente froide et austère, Julianne Moore incarne la rigidité du District 13 où les règles, nombreuses, sont édictées et respectées. La Présidente elle-même montre beaucoup de similarités avec son confrère-ennemi, Snow avec qui elle partage assez clairement le goût du pouvoir et la volonté de manipuler. En Cressida, une insurgée du capitole réalisatrice de clips de propagande, Natalie Dormer (Maergery dans Game of Thrones) convainc moins, peut-être parce que son personnage est plus directement autoritaire, plus brut. Dans ces configurations et interactions inédites, des personnages secondaires prennent un peu plus d’importance et mettent en lumière d’autres facettes de leur personnalité. Effie fait preuve d’une étonnante capacité d’adaptation, tandis que Gale révèle être, de façon pas si surprenante, un rebelle farouche et pas totalement contre l’obtusité dans la vision des choses de la Présidente Coin. Évidemment, tout cela se fait au détriment d’autres personnages dont les apparitions se font plus rares, notamment Haymitch, la famille de Katniss et, ainsi que l’obligent les circonstances, Peeta.

Coin_+_Heavensbee_in_Mockingjay

Enfin, la musique de James Newton-Howard (à qui on doit, entre autres, Sixième Sens, ou, en collaboration avec Hans Zimmer, The Dark Knight) se veut plus fédératrice que dans les autres volets. Le compositeur reprend bien sûr les thèmes de Hunger Games et Catching Fire mais il incorpore à la bande originale des arrangements plus denses là où il avait favorisé des sonorités claires avec des instruments facilement identifiables. La puissance du rendu, qui renforçait l’urgence et la gravité du deuxième volet, habille ici l’effet de cause et de lutte communes, accentué par l’utilisation de choeurs. La séquence du Hanging Tree, portée par la voix a capella de Katniss, est en ce point sublime et parfaitement travaillée.

Au final, Mockingjay Part 1 permet à la fois de montrer la fragilité de Katniss, la force de conviction qu’elle peut faire naître, la rigidité de la Présidente Coin et du District 13, sa mise en parallèle avec le Capitole, déséquilibré mais toujours fort. Enfin, on remarque en même temps que Katniss à quel point les deux systèmes sont similaires et utilisent les mêmes armes, dont la propagande au coeur de laquelle la jeune fille se retrouve, encore une fois forcée à jouer un rôle. Ce rôle est juste à plus grande échelle et de lui dépendent beaucoup plus de vies.

Ça promet pour l’épisode final, prévu pour l’année prochaine.

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3 réponses à “Hunger Games : Mockingjay Part 1, naissance d’un symbole

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