Imitation Game : beau, fort, sensible

En rejoignant une mission top secrète qui se déroule à Bletchey Park, au Nord-Ouest de Londres, le mathématicien prodige Alan Turing peut trouver le moyen de faire d’une pierre deux coups : déchiffrer les messages d’Enigma, la machine de cryptage qui brouille toutes les émissions radios du haut commandement nazi et aider l’Angleterre à gagner la guerre en lui permettant d’intercepter les communications et les stratégies adverses. Gagner la guerre, il s’en fout un peu et il s’empresse de le dire à la personne qui le recrute – les règles de comportement social ? Connaît pas. Par contre, décrypter un code indécryptable, ça le branche plutôt.

Il s’ajoute à une équipe de fins chercheurs qui sont penchés sur le problème depuis un moment et peinent à le résoudre. Il faut dire que leur tâche est ardue. Ils doivent, chaque jour, tester 159 milliards de milliard de codages possibles de la machine Enigma pour déterminer celui qui est utilisé par les nazis. Pour corser les choses, évidemment, les cerveaux d’Hitler changent cette configuration tous les jours et les douze coups de minuit sonnent le glas d’un jour de travail inutile. Pour gagner cette bataille contre le temps, Turing décide de regarder l’équation sous un autre angle. Et si la seule chose capable de battre une machine, finalement, c’était une autre machine ? Seul dans son coin, il imagine un assemblement de fils, de rotors et de composants électroniques, persuadé que ce nouveau matériel permettra de dépasser les limites du genre humain.

Imitation Game est le quatrième long métrage de Morten Tyldum, un réalisateur norvégien passé jusque là inaperçu. Il a fait le choix, comme c’est le cas pour beaucoup de biopic, d’articuler son film autour d’un évènement qui se passe après la trame principale et qui donne l’occasion au personnage de procéder au récit d’un évènement de sa vie. Ici, bien sûr, ce fait marquant est le décryptage d’Enigma pendant la seconde Guerre mondiale mais, comme il s’agit avant tout de raconter un personnage, quelques retours en arrière pertinents et bien incorporés permettent de mieux le cerner.

La narration prend le parti de montrer Alan Turing comme un génie incompris. Incompris de deux façons, d’abord parce qu’il ne comprend pas les règles basiques de socialisation et que son intelligence extraordinaire le met à l’écart du commun des mortels ; ensuite parce que son travail pendant la seconde Guerre mondiale, malgré l’impact qu’il a eu – écourter les combats de deux ans, sauver quelques 14 millions de vies – a été gardé confidentiel par les services secrets britanniques jusqu’en 2012 et que pendant longtemps, l’image publique qu’il a renvoyée était liée à son homosexualité, à cause de laquelle il a été condamné en 1952 pour « indécence manifeste et perversion sexuelle » (depuis la loi britannique a changé, merci bien).

Ce choix est aussi bien montré à travers les images, souvent coupées en deux, le montage et les mouvements de caméra qui opposent souvent Turing aux gens qui le côtoient qu’à travers le jeu des acteurs.

THE IMITATION GAME

Ce rôle d’une sensibilité intériorisée mais prépondérante va comme un gant à Benedict Cumberbatch, le Sherlock de la BBC. Il se métamorphose, habité par une passion presque folle et une finesse touchante, donnant vie aussi bien au génie qu’à l’incompris de façon déstabilisante. A ses côtés, les seconds rôles ont été choisis soigneusement et sont tout ce que Turing n’est pas. Keira Knightley, donne son empathie et sa douceur à l’intelligente et bienséante Joan Clarke. Matthew Goode (Watchmen, Match Point) joue le séducteur et homme d’équipe Hugh Alexander. Mark Strong incarne le calculateur et froid Stewart Menzies, du MI6 et Charles Dance, Tywin de Game of Thrones, prête ses traits sévères au discipliné Commander Denniston, homme d’institution s’il en est.

Tout cela est rythmé par la musique délicate d’Alexandre Desplat, dont la finesse des mélodies parvient à envelopper la prestation à fleur de peau de Cumberbatch.

Pour tout cela les 106 nominations récoltées en cette saison de récompense (dont 8 aux Oscars parmi lesquelles Meilleur film, Meilleur acteur, Meilleur second rôle féminin, Meilleure musique) ne sont pas une surprise. Pour le reste, la compétition est rude.

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7 réponses à “Imitation Game : beau, fort, sensible

  1. Je l’avais vu en Novembre, il était passé en avant-première pour le festival du Film à Cork. Et c’est vrai qu’il était vraiment chouette. Beau, touchant, magnifique.
    J’espère qu’il va avoir tout plein de prix !

    • Ooops je viens de voir que je n’avais pas répondu à ton commentaire, quelle impolitesse ! Je crois que j’étais en phase de départ quand je l’ai reçu si ça peut expliquer… Pour les prix, on verra ce soir ! Je ne sais pas trop pour meilleur film et meilleur acteur mais au niveau de la musique je serais très triste que Desplat ne gagne pas. Croisons les doigts !

      • Pas grave. J’avais mis pas mal de temps à la voir, il me semble.

        En tout cas, je suis super triste. Le film n’a reçu qu’un seul oscar. Il en méritait plus que ça. Desplat a bien eu un oscar, mais ce n’est pas pour le bon film. Je suis un peu déçue 😦

        Sinon, tout va toujours bien pour toi ? ^^

      • L’ennui c’est que je peux pas trop juger vu qu’imitation game est le seul que j’aie vu, avec grand Budapest hotel… Mais c’est vrai que c’est un très bon film et je suis un peu deg pour la BO.
        Tout va bien ici ! Et toi ?

      • Grand Budapest Hotel ne m’attire absolument pas. Je n’ai pas vraiment les films de Wes Anderson en même temps…
        Moi, ça va bien ^^

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